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Trajectoire (2009-2010)
Trajectoire est composé d'images produites entre le début de l'année 2009 et le printemps 2010. À l'origine de ce projet se trouvait le désir de produire des images au gré du quotidien, dans l'esprit d'un carnet de notes et de repérages, en vue de la réalisation de projets mieux orchestrés et produits avec des moyens plus soignés (en utilisant une caméra moyen format, par exemple). En voulant me délester des contraintes techniques et thématiques que je m'imposais habituellement, j'ai exploré mon environnement immédiat librement, attaché à l'unique désir de réaliser des images. Des images, point à la ligne.
Au début de l'année 2010, alors que la séquence résultant de ce processus s'élaguait tranquillement, une collaboration avec l'Office National du Film et la journaliste Eugénie Francoeur a ranimé le «projet» et lui a donné un sens nouveau. Se proposant de réaliser un essai intéractif pour le web, nous voulions poser un regard d'auteur sur la l'expérience de la dépression. Mon rôle serait de produire des images pouvant suggèrer cet état psychologique complexe par l'évocation subtile d'une perte des repères, d'un sentiment d'effacement, où le regard glisse sur la surface des êtres et des choses, comme si elles étaient inatteignables et fuyantes. Je me remis alors à la tâche de produire des images dans un esprit évoquant une sorte de travelogue introspectif.
Le résultat de ce processus photographique est présenté ici, en tant que groupe d'images témoignant de cette trajectoire photographique particulière. Or, l'ensemble prend une dimension supplémentaire lorsqu'intégré au témoignage recueilli par la journaliste Eugénie Francoeur et au traitement du concepteur sonore Cédric Chabuel. L'essai visuel et sonore intitulé Otage de moi, permet aux images de s'intègrer à une recherche pluridisciplinaire dont elles ne pourraient pas à elles seules soutenir le propos. Elles oscillent donc, pour moi, entre le résultat d'une commande précise et dirigée (celle de produire des images sur le sujet en question) et la tentative de faire de ma production photographique un acte évoquant mon rapport aux êtres et aux choses du quotidien ainsi qu'à la capacité de ces derniers de conserver un potentiel esthétique d'évocation et de réminiscence.