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Sur la trace du renard (2011)

Sur la trace du renard est un projet réalisé sur le terrain anciennement occupé par les bâtiments de la Canadian Steel Foundries (CSF), à l’est du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Alors que les projets de modernisation de la rue Notre-Dame prévoient la réaffectation de ce terrain en un site commercial stratégique (sa position entre le centre-ville et l’accès au Tunnel Louis-Hyppolite-Lafontaine fait de ce terrain un site convoité par le milieu immobilier et commercial) celui-ci vit actuellement une occupation discrète où une foule d’acteurs marginaux cohabitent d’une manière surprenante. Ces occupants participent à l’élaboration d’un site urbain où les humains et non-humains offrent une alternative à l’idée que le site ne soit qu’un simple résidu postindustriel en attente d’un sort meilleur.

Mon projet est constitué d’une quarantaine d’images documentant les traces de cette occupation à différents moments de l’année. Mon attention est principalement portée aux objets, aux traces et aux signes témoignant de cette occupation laissés sur le territoire, ainsi qu’à la végétation en friche qui prolifère sur le site. Le projet Sur la trace du renard suit la trajectoire d’une exploration lente et attentive : à travers des saisons, j’ai voulu saisir les transformations discrètes subies par ce lieu particulier et produire une série d’images témoignant de mon parcours.

Alors que les espèces végétales qui foisonnent sur le site pourrait être qualifiée de « mauvaises herbes », que les humains qui parcourent ce territoire font partie d’une marge sociale ostracisée (il s’agit souvent d’itinérants) et que les animaux, tel le renard, sont perçus en ville comme une présence à contrôler, mon projet s’intéresse à l’interaction entre ces espèces. La vigne de rivage, par exemple, lorsque mise en relation au vinaigrier, crée de grands amas denses à l’intérieur desquels les itinérants trouve la tranquillité et la discrétion, loin des regards d’autorité. Cette interaction entre espèces (la vigne est une « condition de possibilité » de l’installation humaine) demeure présente sous l’ensemble des images, en tant que réflexion sur la nature de l’ensemble hétérogène des relations présentes sur le site.

En cours de production, j’ai documenté les campements éphémères des itinérants qui profitent de la discrétion du lieu pour trouver un semblant de domicile ; j’ai photographié les chemins temporaires crées selon les saisons et les déplacements des visiteurs occasionnels ; j’ai mis en images la relation qu’entretiennent les espèces animales, végétales et humaines présentes sur le site ; j’ai, finalement, répertorier les objets témoignant de la vie qui foisonne sur le site. Tout cela, je l’ai fait en suivant la trace du renard, imaginant le parcours de cet animal vivant en marge de la ville et que le marcheur croise à l’occasion sur le site.

La série résultant de ce processus est structurée selon la chronologie de la production. Sans en faire un système stricte et absolu, j’ai voulu rendre visible la durée même de mon exploration. Cette durée est non seulement observable dans les signes du changement des saisons, mais aussi dans la récurrence de certains motifs thématiques et formels (les chaises, les entrelacements des végétaux, etc.) et dans la répétition d’images quasi identiques que j’ai réalisées au cours des saisons. De plus ou moins longues séquences témoignent d’une traduction de l’expérience en séries photographiques : L’écriture poétique que je tente de développer depuis plusieurs années trouve dans ce projet le matériau élémentaire pour la création d’un récit narratif.

Finalement, ce projet s’inscrit dans une démarche intéressée à la relation qu’entretient le monde naturel à la culture qui nous entoure et que nous habitons. Au lieu de voir ces deux modes d’existence comme des pôles opposés, je préfère chercher les points de rencontre où la relation complexe peut déployer son réseau d’infiltration, de coexistence et de dépendance mutuelle.

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